Stephan Schütze est un jeune professeur qui n’a pas hésité à ouvrir la porte de sa salle de classe aux nouvelles technologies pour l’éducation. Lorsque le T.N.I. (Tableau Numérique Interactif) est venu s’adjoindre aux traditionnels rétroprojecteurs, craies et tableaux noirs de sa classe d’allemand du collège Les Plaisances à Mantes-la-Ville, établissement en zone d’éducation prioritaire, il a sauté sur l’occasion pour découvrir toutes les ressources de cet outil. Selon lui, il permet, de même que les iPods, de mieux s’adapter « aux divers profils pédagogiques que présentent les élèves ». Persuadé qu’il est désormais possible de « faire la synthèse de ce dont on disposait avant » tout en « élargissant le champ des supports », il nous raconte, au cours de cette brève entrevue, comment et pourquoi il a choisi de travailler avec ces instruments novateurs.
Depuis combien de utilisez-vous le T.N.I. ?
En ce qui concerne le tableau numérique j’en suis à ma deuxième année d’utilisation.
Avez-vous eu besoin d’une formation quelconque pour la prise en main de cet outil ?
Non, il n’y a pas eu de formation. Pour le tableau numérique, il suffit l’essayer chez soi avec le logiciel fourni. En soi, il n’apporte rien de plus si ce n’est son utilisation en classe, c’est-à-dire que tout ce que vous utilisez en classe, vous pouvez le préparer à la maison. La prise en main s’est faite pour moi à la maison.
« Je l’utilise tous les jours, à chaque heure de cours »
Pouvez-vous nous faire part de l’utilisation concrète que vous faites du T.N.I. ?
Je l’utilise tous les jours à chaque heure de cours. Aussi bien quand on parle des cinq activités langagières, que pour parler, parler en interaction, que pour lire écouter. En ce qui concerne les activités concrètes : sur la compréhension de l’écrit par exemple, on peut la visualiser. L’élève peut intervenir sur le tableau, peut surligner des mots, peut constituer un champ lexical en passant par certaines fonctions du tableau comme dupliquer les mots, on peut donc construire des cadres, des encadrés thématiques. On peut travailler le vocabulaire aussi bien au niveau du son que de l’écrit en même temps ce qui est un grand avantage en langue. Vous pouvez donner des images et des mots dans le désordre afin de les associer. Vous pouvez aussi enregistrer les mots, un par un, pour avoir une sorte de bande son.
Bien sûr tout cela demande à être préparé mais l’heure de cours doit être préparée de toute façon. Cela ne dispense pas de la préparation à la maison.
Pourriez-vous nous définir rapidement les avantages et inconvénients du T.N.I. ?
Il n’y a pas d’inconvénients (rires) ! Non, sincèrement même au niveau des pannes techniques je ne peux pas me plaindre. Même avec un ordinateur portable peu performant on obtient les mêmes services qu’avec une bête de course. Personnellement, j’arrive le matin avec les fichiers prêts. On les laisse sur la clé USB et on peut directement faire appel à ces fichiers là, vous portez moins de choses forcément, vous faites moins de photocopies.
Avez-vous pour autant délaissé le bon vieux tableau noir ?
Non, non. Il reste essentiel.
Vous jonglez donc entre les deux ?
Oui, parce qu’il existe une fonction écrire à la main sur le T.N.I. mais ce n’est pas celle que j’utilise le plus. Tout ce qui est renseignement rapide qu’il faut écrire à la main j’utilise le tableau blanc.
Etiez-vous déjà un professeur féru d’informatique ?
Oui… Peut-être dans le sens où j’allais régulièrement en salle informatique.
Ce matériel peut-il s’adresser à des personnes peu rodées aux innovations technologiques éducatives ?
Oui, tout à fait.
Pensez-vous que votre discipline, l’allemand et donc les langues en général, soit un avantage en vue d’une utilisation complète du T.N.I. ?
Je ne dirais pas que c’est un avantage parce qu’il offre les mêmes possibilités à un collègue de mathématiques, de sciences. Je ne vois pourquoi nous nous en passerions. Il offre toutes les fonctions dont nous avons besoin : le son, l’image, même l’image animée sous forme de film ou de DVD et de texte. De plus, on peut intervenir et changer tout contenu, tout type de fichier que ce soit. C’est donc un outil supplémentaire qui agrandit le champ des supports et qui fait par la même la synthèse de tout ce dont on disposait avant. Le rétroprojecteur ne nous sert presque plus à rien. De même pour le lecteur CD/Cassette puisque avec un câble tout simple vous pouvez faire des enregistrements numériques. Vous n’avez par exemple plus à chercher l’endroit sur la cassette. Vous pouvez manipuler vos fichiers audio, de même pour les images et la vidéo. Mais il faut dire qu’il n’apportera rien de plus à un collègue de mathématiques, par exemple, qui ne voudrait pas s’y mettre.
« C’est l’outil qui arrivera à tout synthétiser »
Nous avons donc dépasser le stade du simple gadget ?
Ah oui (sourire) ! J’angoisse pour ma mutation de me retrouver avec un vieux tableau à craie. J’ai peur de me trouver allergique (rires) !
Vos matériels ont-ils changé la façon de mener la classe ?
Oui, tout de même. Rares sont les moments où je n’utilise pas le tableau, où tout est éteint, débranché. Ils sont déçus. Certaines choses sont importantes, ne serait-ce que la couleur. Dans le manuel vous ne pouvez rien faire puisqu’il faut le rendre à la fin de l’année, le rendre en l’état pour la génération suivante. Dans le cahier, les photocopies, tout est noir ou blanc. Vous pouvez intervenir, donner du relief à des documents, pour la compréhension de l’écrit par exemple. Pour l’écrit vous pouvez même construire des choses. Pour l’expression écrite au collège, vous pouvez, passez par des amorces, ou à partir d’une production à moitié faite, ou partir d’une production d’élève qu’on pourrait tronquer et, ensuite, chercher les éléments qui manquent à cette production. Vous pouvez demander aux élèves de chercher quel point d’un écrit il faudrait développer. Vous pouvez reproduire tel quel le document et, ensuite, étape par étape, leur faire comprendre ce qui correspond, ce qui ne correspond pas. Pour la construction, pour que l’élève se rende compte de la structure au niveau de la compréhension, je pense que c’est un outil qui permet de saisir cette compétence, le travail à faire.
Dans quel(s) domaine(s) se notent les plus grandes améliorations ? L’attention ? Le niveau des élèves ? La participation ?
La participation est d’abord beaucoup plus volontaire. Pour certains élèves, avoir le support visuel et les étapes de présentation, de construction mènent également aux résultats et à la réussite en classe. Vous avez de même l’occasion de diversifier les entrées, les approches pour les divers profils pédagogiques que les élèves ont.
Qu’auriez vous à dire aux sceptiques ?
Je leur conseille vraiment de l’essayer. D’autant plus si certains disposent déjà d’un T.N.I. dans leur établissement, il faut aller assister à l’utilisation qui est faite en classe, avancer par petits pas pour l’utiliser en cours. On ne peut bien sûr pas arriver directement avec de la grosse production mais déjà projeter l’image du manuel au tableau et intervenir avec des couleurs. Cela en vaut vraiment la peine.